Les Polakhoweed : Psych-Idyllique

Prononcez  » Pola-ro-weed « . Un clin d’oeil, un  » jeunisme  » pour reprendre le terme de l’artiste, en hommage à son groupe de musique  » Les Humanoweed  » et à son appareil photo numérique qui lui permet de sauver ses dessins.

Cette rencontre sur l’area 51 (Les Polakhoweed, area 51) a été tant un plaisir pour les yeux, qu’un échange plein d’humour.

Dewie Zenovka dessine en amateur depuis l’âge de 16 ans et ses créations évoluent avec lui, sans qu’il parvienne encore à comprendre comment ni pourquoi ce besoin d’expression l’anime si fort.
Toujours plus loin, toujours plus riche.

Si son exposition rappelle l’esprit psychédélique (néologisme issu du grec, de ‘Psyche’, âme et de ‘delos’, visible, clair, qui signifie « révélateur de l’âme) dont l’artiste est fan, le style est loin d’être éthéré.
Bien au contraire, c’est avec beaucoup de maturité que Dewie Zenovka travaille le détail dans ses dessins tout en laissant libre cours à l’instinct au cours de son voyage intérieur.

Une pulsion graphique

Non content de posséder un coup de crayon fou, Dewie Zenowka crée à l’instinct.
Il oublie toutes notions de temps et de confort pour répondre à ses pulsions artistiques..
C’est un acrobate du graphisme qui travaille sans filet.
Dewie Zenovka explique que souvent il se lance dans le vide, sans savoir où cela va le mener, juste en regardant ce qu’il construit lentement sur le papier.

Il se laisse inspirer par ce qui l’entoure, comme nous rêvons éveillés en observant les nuages se transformer dans le ciel.
Il ajoute même  » je trace en me disant que c’est nul et qu’il faut que je fasse mieux, alors parfois pour le même dessin autant je l’ai apprécié autant j’ai voulu le mettre à la corbeille. L’artiste est un instinctif, certes. Toutefois, son expression reste mature et réfléchie.
Il creuse le détail jusqu’au moment où la peur de tout rater par excès se réveille en lui.

Pour traduire cette impression, Dewie Zenovka aime à reprendre un extrait de court-métrage de Martin Scorcese, où un homme se rase afin d’atteindre la perfection jusqu’à s’écorcher le visage.

Quant à la pulsion, Dewie l’exprime avec le visage de la femme au clair de lune, son premier dessin colorisé.
A partir d’une photo de Miss Dynamite – une chanteuse anglaise-, il a reproduit son visage avant de le taguer. L’artiste emploie ce terme de  » tag  » en opposition au tatouage, conçu à partir d’un plan de travail précis, alors qu’il aménage son dessin, sans idée de départ, sans trait de crayon gris pour repasser et gommer par la suite.

Tiens, justement, quel est son processus de colorisation ?

Dewie Zenovka : Les couleurs coûtent cher, et je ne maîtrise pas les aplats (couleur uniforme). En plus, moi et les couleurs, on est pas super amis, alors je colorise au pc,
Si je pouvais je ne ferais que de l’encre de chine et si je me mets a l’encre de chine blanche, je deviendrais fou, parce que je dessine à partir du vide avec des délires de remplissage qui font des formes.
L’instinct est encore plus vif, quand on observe cette image à l’encre de chine, où j’ai cru voir un bouquet voire un génie sortant d’une lampe magique.

L’auteur, après s’en être rapproché, m’a confié toutes les images qu’il y découvrait encore.
C’est surprenant !

bouquet

Et en observant une nouvelle fois, on retrouve effectivement tout ce petit monde.

Dewie Zenovka : J’y vois des millions de gens qui veulent être pris en photo, un peu comme quand une télé régionale passe dans ton coin, et qu’un mec que tu connais veut afficher sa tête derrière l’interviewé. Après, j’y vois une sorte de dauphin, je sais pas ce qu’il vient faire mais il a réussi à s’incruster parmi les perso et il y a aussi un poulet.

L’artiste s’étonne parfois du résultat qui ne lui semble pas toujours très cohérent, mais je préfère sa seconde appréciation tendant à révéler un côté freestyle.

Le dessin peut être aussi guidé par une réflexion sur le monde extérieur.
L’inclination devient alors rebelle, par l’intermédiaire de la représentation des Black Panther en 2006.

La pensée de l’artiste est aussi virulente que l’idée exprimée. Un sentiment de révolte et un goût amer de voir disparaître, pour se conformer au moule de la société, une mouvance contestataire et largement contestée en son temps.

Le voyage intérieur réalisé par l’artiste
Personnellement, parmi toutes les créations de Dewie Zenovka, j’ai adoré ce petit diable à l’encre de chine. L’auteur m’a conté son histoire. A mon sens, elle enrichit encore le dessin.

Dewie Zenovka : en fait ce mec, c’est le dieu et le diable à la fois, si on descend du singe alors il a gardé sa queue de singe. Il etait assis sur la planète terre et joue de l’orgue de barbarie. Les mélodies, ce sont ses sauts d’humeur qui se repercutent sur terre.

J’ai trouvé que la première version était trop sombre, alors dans celle-ci j’ai voulu que son bras traverse le vide de la feuille pour nous dire surement qu’il y avait encore autre chose.

Franchement, j’ai jamais été aussi loin dans ma tête qu’avec ce dessin. mais le pourquoi du comment, je le sais pas sur le moment c’est un peu comme interpréter un rêve, des années après.

On remarque aussi, dans les dessins de la première époque, une profusion de formes triangulaires. J’ai voulu en comprendre la symbolique et la réponse de Dewie est aussi étonnante que le personnage.

Pour Dewie Zenovka, il s’agissait de la forme géométique la plus simple qui composait un être vivant ou un visage. Par ailleurs, son naturel direct et franc collait tout à fait à ce polygone piquant.

Aujourd’hui, le rebelle a grandit et ses dessins s’arrondissent, les visages s’affirment avec un regard expressif.

femme

Ah, vous n’aviez pas prêté attention à ce détail ?

Pourtant, la majorité des personnages ne sont pas dotés d’yeux. Dewie préférant rester discret sur lui-même en ne dévoilant qu’une infime partie de lui-même.

Dewie Zenovka : Un regard c’est super compliqué et en principe, ça exprime les 90% d’une personne. C’est trop de responsabilité pour moi : Je pense qu’on peut déjà me cerner rien qu’avec les 10% que je donne et ce que je dessine est en fait des états desprit.

Et la musique dans tout ça ?

Elle est toujours présente dans l’esprit de l’artiste.

La preuve, les dessins  » Humanoweed  » que j’ai pris pour des pochettes d’album de son groupe.

Dewie m’a expliqué qu’il s’agissait en fait de flyers d’état d’esprit musical.

C’est un mélange de tout ce qu’il aime écouter, rap, drum’n bass, electro, jazz, soul, punk, et surtout Herbi Hancok.

Il a d’ailleurs une très belle phrase pour exprimer cette idée : Il photographie l’impalpable avec son crayon.

Le tempo est donné par la rapidité du tracé, alors que le travail dans son ensemble demande beaucoup de temps.

Un jeune artiste plein de talent à découvrir et qui n’a pas fini de nous surprendre.

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