S’il te plaît Tonton Nick, raconte moi SecondLife

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Quand on n’a que quelques mois d’existence sur SL, il est toujours bénéfique de profiter de l’expérience des anciens. Aussi à l’occasion du 4ème anniversaire de ce monde virtuel que nous partageons, je suis allée débusquer un ancien résident très discret mais qui mérite pourtant d’être connu.

J’ai nommé Nick Rhodes, qui très gentiment à accepter de nous raconter son parcours au travers de SecondLife durant ces quatre années.


Phylire Coppola : Bonjour Nick. Merci à toi de bien vouloir m’accorder de ton temps.
Nick Rhodes : Bonjour. Je t’en prie et je te remercie d’avoir pensé à moi.

P.C. : Quel a été dans les grandes lignes ton parcours sur SL ?
N.R. : Je suis né le 6 juin 2003, alors que SL était encore en version beta, j’ai pu côtoyer les primo résidents. Tous avaient une volonté et presque un devoir de faire éclore ce monde.
En ce qui me concerne, j’ai beaucoup agi dans la sphère de l’intime, tissant des amitiés et j’ai officié comme photographe, je suis également un bon builder, sans en faire commerce.
A l’époque, il n’y avait pas d’économie, tout s’écoulait paisiblement.
Le temps semblait suspendu. Chacun s’occupait de son petit jardin secret et invitait ses amis à le découvrir.
J’ai vu éclore les différentes communautés et des personnalités à jamais marquantes comme Anshe Chung ou Baccara Rhodes, des jaillissements artistiques impressionnants.
Second Life est en évolution constante et il faut s’adapter sans cesse, sans nostalgie.

P.C. : Te souviens-tu de tes débuts en tant que noob et selon toi, quelles sont les premières choses auxquelles un nouvel arrivant doit penser ?
N.R : A l’époque le fossé entre les nouveaux arrivants et ceux déjà installés était moins important, par ailleurs, l’essentiel des événements était lié à l’éducation, c’est-à-dire la maîtrise de cet environnement par petit groupes et très lié à la construction. Un environnement communautaire cadré par des Lindens qui eux-mêmes étaient résidents. Il y avait beaucoup de politesse entre les gens, beaucoup d’intérêt partagé pour la création des autres.
Un nouvel arrivant doit éviter de commencer par développer un égo, l’avatar est un véhicule.
Je pense que savoir comment Second Life est fait est la première chose à faire, se familiariser un petit peu avec l’outil création permet de s’intégrer plus vite parce qu’on a plus de moyens d’agir sur son environnement, on est moins dépendant des autres et de sa carte bleue.
Chercher un travail immédiatement est inutile parce que même si on a des compétences fortes à l’extérieur, on est inutile si on ignore comment se déplacer ou interagir avec aisance.

P.C. : Si tu devais recommencer demain, agirais-tu de la même façon et pourquoi ?
N.R. : Je pense que si j’ai été pionnier dans l’adoption de ce type d’environnement, je n’ai pas beaucoup agi de concert à l’extérieur dans les premiers temps de SL (forum, blog, etc). Je le regrette car c’est tout de même dans le web classique que le relationnel se tisse.
Second Life fait partie d’un ensemble d’outils qui se nourrissent les uns des autres. J’ai été un peu ‘loup solitaire’, j’ai eu pas mal de proposition de part et d’autre pour rejoindre des groupes de haut niveau.
Et j’ai souvent voulu garder mon indépendance au risque de voir mon champ d’action se restreindre, sachant que les gens agissent au sein de micros communautés.
Aujourd’hui j’ai trouvé une stabilité et j’hésite moins à m’associer pour le meilleur.

P.C. : Tu as travaillé sur le guide en français de SL, pourquoi ?
N.R. :Mon associé Yesterday Demain et moi avons fait la traduction de l’interface en français. Naturellement un éditeur nous a contacté sur l’opportunité de traduire le guide.
Il avait besoin de personnes qui connaissent le contexte et aussi de sélectionner sept personnes qui furent marquantes dans la communauté française. Le choix fut dur, un peu injuste pour les personnalités plus récentes mais il fallait faire des choix et l’on se plaçait plus dans un contexte historique.

P.C : Parlons un peu de ton art, veux-tu. Quelles sont les raisons qui t’ont conduit à abandonner ta galerie ?
N.R. : Ma galerie avait vécu sa vie, avec l’expansion de SL, j’ai eu envie de bouger un peu. A l’époque je détruisais sans même conserver quoique ce soit. Ca m’obligeait à me renouveler sans cesse.
De plus, je concevais l’expérience de photographe comme une rencontre avec une personne, un moment intime et privilégié, j’étais à la recherche du regard qui pouvait troubler, ce qui est assez étrange venant d’un personnage fictif. L’idée même de sanctuaire ou de tableau de chasse ne traduisait finalement pas cette accumulation de rencontres. Il y avait aussi le fait que les avatars étaient le résultat d’un travail original, aujourd’hui, c’est souvent la combinaison avantageuse d’éléments que l’on a acheté, c’est de bonne guerre parce que les créatifs ont atteint une telle expérience qu’il est difficile de rivaliser avec ses petites mains mais la photo permet moins aujourd’hui de saisir une personnalité au travers de l’avatar.

Quelques postes d’Hamlet, le journaliste officiel de Second Life en 2003.

http://secondlife.com/notes/2003_12_22_archive.php

http://secondlife.blogs.com/nwn/2004/02/bonfire_of_brok.html

P.C. : As-tu définitivement abandonné l’art ?
N.R. : Non pas du tout, je fais régulièrement des photos mais souvent dans le but d’extraire de Second Life des photos qui rendent l’atmosphère et les sentiments que l’on ressent parfois à l’occasion d’une rencontre. Ceci à l’usage des personnes à qui j’essaye d’expliquer les attraits de cet environnement. C’est très difficile de rendre la sensation d’une expérience que l’on a eu en tant qu’avatar.
A l’image de quelqu’un qui regarde derrière notre épaule alors que l’on est connecté, il ne voit que des petits personnages qui bougent sur l’écran. Il ne se sent pas incarné. La photo permet parfois de traduire cette sensation.

P.C. : De plus en plus de gens se lancent dans l’exposition sur SL, envahissement à perte ou opportunité culturelle ?
N.R. : Second Life est pour moi un média, une plateforme de création et un environnement social, donc un endroit idéal pour s’exposer. Cependant, il s’agit d’une veillée d’arme, de mettre un pied dans un environnement qui va se développer dans les années à venir, sur Second Life comme ailleurs.
Il s’agit d’un laboratoire pour apprendre à maitriser ce type d’environnement et apprendre à en extraire des richesses.

P.C. : Aujourd’hui, tu as entrepris une carrière de consultant. Il va de soi, que ta connaissance du terrain est un atout majeur, mais comment t’es venue cette idée ?
N.R. : Par une rencontre avec Yesterday Demain, qui avait un réseau important dans la sphère du Web dans la vraie vie. Nous avons décidé de mettre en commun nos atouts et de communiquer et agir à deux sous l’entité Extralab. Les sollicitations extérieures des marques sont aussi venues assez naturellement suite à mes nombreux passages dans les medias. Nous faisons œuvre utile en accompagnant les marques dans leur réflexion. Il y a eu cette période de buzz qui consistait à accoler à sa marque ‘Second Life’ pour avoir les faveurs de la presse ; mais cela n’aura qu’un temps.
Les marques devront s’atteler à des projets sérieux qui apportent de vrais services à la communauté, c’est à cela que nous travaillons. Il faut aussi penser que de nombreuses personnes dans Second Life doivent faire un passage de l’amateurisme passionné à la professionnalisation.
C’est pourquoi nous pensons que les personnes qui travaillent sur des projets dans Second Life doivent être payé à l’image d’un créatif ou d’un développeur de sites Web par exemple.
Les budgets alloués à Second Life par les marques doivent être plus importants pour tenir compte de la valeur « travail ».

Notre site : www.extralab.fr

P.C. : Quelle est ta vision de l’évolution de SL depuis 4 ans, comment la vois-tu dans les 4 futures années ?
N.R. : Second Life a vocation à devenir un navigateur et une référence en matière de monde virtuel.
On parle aujourd’hui de Web 3D. C’est difficile d’imaginer que ce concept disparaisse. Il ne s’agit pas de transformer une génération en zombies connectés. Il s’agit de donner de la profondeur au web, où les gens, sans pour autant développer le concept de deuxième vie, pourront profiter de contenus attrayants et une nouvelle manière de diffuser et de consulter de l’info ou de l’Entertainment.

P.C. : La mentalité des résidents SL actuels est-elle très différente ?
N.R. : Oui mais je crois que pour tout le monde, l’expérience fait son œuvre. Il faut que chacun comprenne que chaque jour passé dans Second Life écrit sa propre histoire et que les comportements négatifs que l’on a aujourd’hui finissent toujours par vous revenir à la figure lorsqu’on se décide à agir positivement. Second life est le miroir de ce que l’on y apporte en somme.

Merci encore Nick et Joyeux Anniversaire à toi aussi !

 

 

 

11 commentaires pour S’il te plaît Tonton Nick, raconte moi SecondLife

  1. Nayumi dit :

    j’adore l’interview domage que j’ai pas connu cette epoque😥.

  2. yongho dit :

    Je rêve ou il me semble voir un peu de vaisselle pas lavée dans l’évier derrière lui ?🙂

    Plus sérieusement, merci pour cet interview et le point de vue d’un avatar/consultant/personnage que … j’aime bien. C’est pour cela que j’aime SL … Révélateur, catalyseur, outil, évasion …

  3. Arrêtez d’embêter Nick avec cette histoire de vaisselle à la fin ! (y’a encore une tasse, là au fond).
    Bel ITW. Là ou la modestie est souvent inversement proportionnelle à l’âge SL, Nick Rhodes est l’exception qui confirme la règle. Toujours humble et posé. On lui donnerait presque la pièce. :p

  4. Excellente interview !
    Bravo Phylire…

  5. Eve Kazan dit :

    C’est vrai comme Nayumi j’aurais préféré naitre beaucoup plus tot.

    En plus j’ai visité les sims qui fêtent ce quatrième anniversaire, j’étais émue.

  6. Yasmine Isbell dit :

    Aah Nick fut un des premier « Ancien » que j’ai rencontré lors que je cherchais la comunauté FR de SL il y a 1 ans.

    Que de chemin parcouru🙂 Merci Nick pour ta gentilesse et ton respect des autre🙂

    Gros bisous !

  7. Myster Welles dit :

    Merci pour l’interview. Second Life a déjà une histoire et cela est émouvant et important qu’elle nous soit racontée par les « anciens »…

    Juste un détail: « raconte-moi »…ne prend pas de « s »…:) (cela arrive à tout le monde…)

  8. riona dit :

    Ce cher Nick🙂

    Ma première rencontre avec lui fut assez mouvementée suite a ce fameux reportage (bon en fait j’avais plus envie de me défouler sur son ami qui avais « insulté » mimi mais bon par défaut je me suis retournée sur lui ^^). Puis j’ai appris a le connaitre un peu et finalement il est pas mal ce garçon ^^ .

    PS: Nick je suis toujours partante pour ce voyage a london :p

  9. ah zut, y’a encore une assiette dans l’évier.

  10. Nick Rhodes dit :

    Merci Phylire😀
    Bisous Yasmine et Riona🙂
    Mac, la vaisselle c’était un appel déguisé à Procter et Gamble ;P
    Imagine une île avec des sculpties d’assiettes géantes et des vagues jaunes et mousseuses de Paic Citron ^^
    Enfin le talent n’attend pas le nombre des années, alors bon anniversaire à tous.
    Nick.

  11. yongho dit :

    En plus d’être doué et visionnaire … ce garçon a de l’humour ??? Ben crooootte alors …

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